Mercredi 10 Mai 2006
A Moulins-Engilbert, les jeunes spéculent sur la mort de Mathias.
Voir la photo ( Mathias )
Ils ont entre 19 et 23 ans, sont, pour plusieurs d'entre eux, au chômage et, comme d'autres habitants de Moulins-Engilbert, n'ont plus qu'une occupation: spéculer sur le viol et le meurtre du petit Mathias, retrouvé mort dimanche dans leur village.
Massés autour de leur quartier général -une portion de parking au coeur de ce bourg de 1.500 âmes-, Xavier, Christopher, Vincent et les autres ressassent les faits en éclusant des bières, échafaudent des hypothèses sur le drame et portent un regard acide sur un village qui, selon eux, "ne les a jamais aimés".
"Ce truc qu'est arrivé, c'est horrible mais ça m'étonne pas tant que ça. C'est dans les bleds paumés comme le nôtre que ça arrive. Ici, y a rien à faire et y a vraiment pas mal de gens +cheulou+ (louches en verlan)", affirme Yohan, 23 ans, sans emploi, piercing au menton et cigarette à la bouche.
Rassemblés autour de lui, ses comparses confirment. "C'est sûr que c'est un mec du coin qui a fait ça. Faut vraiment connaître le village pour traîner près de ce ruisseau, derrière la salle polyvalente" (où a été retrouvé le corps du jeune Mathias, 4 ans), assure Xavier, alias Xu, 21 ans, pompier né dans ce village.
Entre deux bouffées de cigarettes, tous compatissent avec les parents du petit Mathias, évoquent une "vraie saloperie" et affirment être prêts "sans hésitation" à se soumettre aux tests ADN ordonnés par le procureur. Mais aucun d'entre eux ne communie vraiment avec les autres habitants du village.
"On n'a jamais fait de mal à personne, mais ici on nous prend pour des sauvages, des délinquants juste parce qu'on a parfois fait des petites conneries. Je suis sûr que certains vieux pensent même que c'est nous qui avons fait le coup", lâche Christopher, un militaire de 19 ans, surnommé Bistroy. "Tout le monde te juge ici, te catalogue. Il suffit que tu viennes d'un autre département pour qu'on te considère comme un étranger", poursuit Vincent, un jeune chômeur de 21 ans. Cette petite bande ne demande qu'une chose: "un petit local avec un baby-foot" pour se retrouver... et tromper l'ennui. "On s'emmerde grave ici mais c'est toujours mieux de s'emmerder à plusieurs", glisse Yohan.
Les hommes du village de Moulins-Engilbert ont commencé mardi à se soumettre aux tests ADN, qui pourraient permettre aux enquêteurs de mettre la main sur l'auteur du viol et du meurtre du petit Mathias, 4 ans, dans la nuit de samedi à dimanche. Des prélèvements biologiques "sont en cours et se poursuivront dans les prochains jours", a déclaré le procureur de Nevers Christian Gongora, qui s'est déplacé mardi après-midi à Moulins-Engilbert et s'est rendu sur le lieu où le corps de Mathias a été retrouvé. L'ampleur et la nature des prélèvements ADN (salive, prise de sang, etc) n'ont pas été précisées.
Le procureur a ajouté qu'il pourrait s'exprimer sur l'avancement de l'enquête mercredi. Aucune personne n'était placée en garde à vue mardi en milieu d'après-midi, a par ailleurs assuré une source proche de l'enquête, qui s'est bornée à dire que des vérifications étaient menées et qu'aucune piste n'était exclue. Mardi, des plongeurs de la gendarmerie ont effectué des fouilles dans le cours d'eau près duquel le corps de Mathias a été retrouvé.
Le petit garçon a été découvert dimanche matin, dénudé, à proximité de la salle polyvalente du village de Moulins-Engilbert, où se tenait la veille au soir une fête rassemblant de jeunes agriculteurs. Le garçon y était présent avec ses parents.
Selon les résultats de l'autopsie réalisée lundi, l'enfant a été violé par son agresseur et son décès est dû, "selon de très fortes probabilités", à sa noyade dans le ruisseau, devait révéler en fin de journée le procureur de Nevers Christian Gongora au cours d'une conférence de presse. Le magistrat a expliqué que les enquêteurs disposeraient d'une "empreinte génétique" de l'agresseur "d'ici à trois jours". "Les témoins de sexe masculin qui sont et seront entendus prochainement seront invités à se soumettre à des prélèvements biologiques", a-t-il alors annoncé.
Le procureur a souligné que les prélèvements seraient d'abord effectués auprès des hommes qui participaient à la fête de samedi, parmi les 150 personnes présentes. A Moulins-Engilbert (1.500 habitants), les hommes attendent les prélèvements avec "impatience", estimant que s'y soumettre est un "devoir" et que s'y soustraire serait "suspect". "C'est le seul moyen de faire avancer les choses et de trouver le coupable", affirme Guy, 47 ans.